Par coderoe · 15 min de lecture

Si ton app ou ton SaaS collecte des données d'utilisateurs européens — emails, noms, données d'usage, cookies analytics — tu es soumis au RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données), même en tant que solopreneur ou startup de 2 personnes. Les sanctions vont jusqu'à 20 M€ ou 4 % du chiffre d'affaires annuel selon la CNIL, mais surtout, la non-conformité expose tes utilisateurs et détruit la confiance.
La bonne nouvelle : tu n'as pas besoin d'un Data Protection Officer (DPO) ni d'un cabinet juridique à 10 000 € pour être "minimum viable compliant". Cet article te donne une checklist actionnable en 12 étapes, pensée pour un indie dev qui veut lancer vite tout en respectant les bases légales. Chaque étape inclut ce qu'il faut faire concrètement, les outils low-cost ou gratuits à utiliser, et les erreurs courantes à éviter.
Ce qu'il faut faire :
Liste toutes les données personnelles que tu collectes, où elles sont stockées, combien de temps tu les gardes, et avec qui tu les partages. C'est la base de toute stratégie RGPD. Sans cartographie, impossible de répondre aux demandes d'accès ou de suppression.
Données personnelles typiques d'un micro-SaaS ou app :
Outil recommandé :
Google Sheet simple avec colonnes : "Type de donnée", "Finalité", "Stockage (DB/service tiers)", "Durée de rétention", "Partage avec qui ?".
Erreur courante : Oublier les données collectées par des services tiers (analytics, support client type Intercom, email transactionnel type SendGrid). Tu restes responsable de leurs pratiques aussi.
Ce qu'il faut faire :
Le RGPD exige que chaque traitement de données ait une base légale. Les 3 principales pour un micro-SaaS :
Action concrète :
Dans ton data mapping (étape 1), ajoute une colonne "Base légale" et documente-la pour chaque type de données. La CNIL propose des guides sectoriels pour t'aider à choisir.
Erreur courante : Utiliser "consentement" pour tout. Le consentement doit être libre, spécifique, éclairé, univoque. Si tu bloques l'accès au service sans consentement aux cookies analytics, ce n'est pas légal. Utilise plutôt "intérêt légitime" pour les analytics essentiels.
Ce qu'il faut faire :
Ta privacy policy doit expliquer en langage simple :
Outils recommandés :
Lien obligatoire :
Privacy policy accessible depuis toutes les pages (footer), formulaire d'inscription, et cookie banner.
Ce qu'il faut faire :
Si tu utilises des cookies non essentiels (analytics, publicité, tracking tiers), tu dois :
Outils recommandés (gratuits ou low-cost) :
Erreur courante : Utiliser Google Analytics sans banner, ou avec un banner "Accepter" seulement. C'est non conforme et peut entraîner des amendes. Le guide CNIL sur les cookies est très clair là-dessus.
Ce qu'il faut faire :
Tu ne peux pas garder les données personnelles indéfiniment. Définis des durées de rétention raisonnables :
Action concrète :
Mets en place un cron job mensuel qui :
Outil :
Script backend simple (Node.js, Python…) ou feature de ton provider (ex. : PostgreSQL DELETE FROM users WHERE last_activity < NOW() - INTERVAL '24 months').
Ce qu'il faut faire :
Les utilisateurs ont le droit de :
Délai légal : 30 jours maximum selon le RGPD article 12.
Action concrète :
Erreur courante : Oublier de supprimer les données dans les backups. Anonymise les backups anciens ou documente que les backups sont purgés après X jours.
Ce qu'il faut faire :
Le RGPD impose des mesures techniques et organisationnelles pour protéger les données.
Checklist technique minimum :
Outils recommandés :
Ce qu'il faut faire :
Chaque service tiers qui traite des données personnelles pour ton compte (Stripe, SendGrid, Vercel, analytics…) doit signer un DPA (Data Processing Agreement).
Bonne nouvelle : La plupart des SaaS sérieux proposent un DPA standard dans leurs conditions (cherche "DPA" ou "GDPR addendum" dans leur documentation).
Action concrète :
Erreur courante : Utiliser un service tiers (ex. : outil analytics obscur, hébergeur hors UE sans garanties) sans vérifier s'il est RGPD-compliant. Tu restes responsable même si c'est lui qui collecte les données.
Ce qu'il faut faire :
Tu dois nommer un DPO si :
Pour la plupart des micro-SaaS et apps mobiles standard : DPO non obligatoire selon la CNIL.
Alternative : Tu peux désigner un "responsable privacy" interne (toi-même au début) et indiquer un contact privacy dans ta policy. Si ton app grossit (> 100k users, levée de fonds, données sensibles), envisage un DPO externe (cabinets spécialisés proposent des forfaits à partir de 200 €/mois en part-time).
Ce qu'il faut faire :
Le RGPD demande un registre des activités de traitement (qui traite quoi, pourquoi, où, pour combien de temps).
Exemption pour petites structures :
Si tu as < 250 employés ET que tes traitements ne sont ni à risque ni réguliers, tu es exempté. Mais c'est une bonne pratique de le faire quand même (reprend ton data mapping de l'étape 1, c'est déjà 80 % du travail).
Template gratuit : La CNIL propose des modèles de registre en PDF/Excel sur son site.
Ce qu'il faut faire :
Si tu subis une fuite de données (hack, erreur de config qui expose une DB…), le RGPD impose de :
Action concrète :
Documente un plan de réponse incident simple :
Erreur courante : Cacher une fuite ou tarder à notifier. Risque de sanction aggravée. La transparence est toujours la meilleure stratégie.
Ce qu'il faut faire :
La compliance RGPD n'est pas "one-shot". Teste régulièrement :
Fréquence recommandée :
Outil recommandé :
Checklist récurrente dans Notion, Trello, ou Linear avec tâches assignées. Automatise les rappels pour ne rien oublier.
Tu n'as pas besoin d'un budget juridique de 50 000 € pour être RGPD-compliant en tant que solo dev ou petite équipe. En appliquant cette checklist en 12 étapes — data mapping, bases légales, privacy policy, cookie banner, rétention, DSAR, sécurité, DPA, et procédure incident — tu couvres 90 % des obligations essentielles.
Le RGPD n'est pas un frein, c'est un cadre de confiance : des utilisateurs informés et protégés sont des utilisateurs plus engagés. Commence simple, documente au fur et à mesure, et ajuste quand ton produit grandit. L'essentiel est d'être transparent, réactif et de bonne foi. Les autorités de contrôle comme la CNIL sont généralement indulgentes avec les petites structures qui font des efforts.
Avec ça, tu lances en toute légalité et tu dors tranquille. Le reste (DPO, registre exhaustif, audit annuel par un cabinet…) viendra si tu scales. En attendant, focus sur ton produit et tes users. La compliance RGPD, c'est avant tout du bon sens et du respect.
Les ressources officielles pour approfondir :
Lance, mesure, ajuste. La compliance vient en marchant.

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